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Chien et acteur : un jeu de rôle sur mesure sans avoir recours à l’anesthésie

Quel réalisateur de thriller n’a pas rêvé de pareille scène ? Dans la pénombre, le soir, le cambrioleur tueur au sang chaud doit de « sang froid » laisser pour mort le chien de sa victime, ne pas alerter tout le voisinage ni éveiller les soupçons. C’est un scénario rocambolesque assez classique finalement au cinéma, la mise en scène autour du chien renforçant le réalisme dramatique et machiavélique d’une telle séquence. Du scénario à la réalité des tournages, vous êtes ce professionnel, producteur de cinéma et vous vous demandez bien si ce jeu d’acteur est à la portée d’un bon éducateur de chien ? Cet article est pour vous, il est le résultat d’un double savoir-faire réaliste, en éducation, dressage et bien-être animal.

Partager le scénario avec les experts

Imaginez désormais les conditions du tournage : pas moins d’une vingtaine de prises, en soirée avec la pénombre, un seul et même chien, allongé sur une flaque de « faux » sang sans devoir bouger, pour ne pas mettre de traces de pattes rouges un peu partout sur le sol, tout le « brouhaha » d’une équipe autour, la danse des caméras travelling près du nez du chien… Rien de plus simple à faire, il suffit d’anesthésier le chien qui pourra dormir ainsi paisiblement, sans bouger, le temps de la scène…tel un objet dans le décor.

C’est que le duo de choc, vétérinaire conseil technique et éducateur de chien pour le cinéma, n’a pas dit son dernier mot car bien-être animal, savoir-faire et approche responsable des tournages avec animaux pour le divertissement est devenue une expertise indispensable à la lueur des connaissances et de la réglementation européenne, elle permet de sécuriser la réalisation de tel scénarios.

 

Chien et acteur : un jeu de rôle sur mesure sans avoir recours à l’anesthésie

Réglementation de protection des animaux de compagnie sur le tournage

Le divertissement peut s’appuyer sur des textes réglementaires applicables en Europe et qui invite la production et les réalisateurs, à envisager le respect et le bien-être du chien dans une pareille scène. N’oublions pas que la responsabilité de cette activité leur incombe. Regardons-ainsi la convention européenne STCE pour la protection des animaux de compagnie de 1987 et ratifiée par la France en 2003.

Constatant que les attitudes à l’égard des animaux de compagnie varient considérablement, en raison parfois d’un manque de connaissances ou de conscience, dans son chapitre II, article 3, les principes de base pour le bien-être des animaux sont les suivants : « Nul ne doit causer inutilement des douleurs, des souffrances ou de l’angoisse à un animal de compagnie. » Le dressage des chiens pour les films doit se conformer à l’article 7 : « Aucun animal de compagnie ne doit être dressé d’une façon qui porte préjudice à sa santé et à son bien-être, notamment en le forçant à dépasser ses capacités ou sa force naturelles ou en utilisant des moyens artificiels qui provoquent des blessures ou d’inutiles douleurs, souffrances ou angoisses. »

Selon l’Article 9, dédié aux activités de publicité, de spectacles, d’expositions, de compétitions et de manifestations semblables, « Les animaux de compagnie ne peuvent être utilisés dans la publicité, les spectacles, expositions, compétitions ou manifestations semblables, à moins que :

  • l’organisateur n’ait créé les conditions nécessaires pour que ces animaux soient traités conformément aux exigences de l’article 4, paragraphe 2, et que leur santé et leur bien-être ne soient pas mis en danger.
  • Aucune substance ne doit être administrée à un animal de compagnie, aucun traitement lui être appliqué, ni aucun procédé utilisé, afin d’accroître ou de diminuer le niveau naturel de ses performances : au cours de compétitions ou à tout autre moment, si cela peut constituer un risque pour la santé et le bien-être de cet animal ».

Vous venez de comprendre à la lecture de ce texte, 2 éléments fondamentaux, indispensables à la réflexion amont des conditions de mise-en-scène pour l’animal :

  1. pour pouvoir considérer le bien-être du chien sur le lieu du tournage, ce chien doit avoir conservé sa faculté de s’exprimer pour faciliter la reconnaissance des signaux révélateurs de son anxiété, de sa peur ou sa crainte à l’égard de la scène, des personnes ou de l’environnement. Il doit avoir la possibilité de se soustraire à une situation inconfortable, désagréable ou dangereuse pour lui, avoir le choix et collaborer de son propre chef, conserver en quelque sorte « sa volonté d’agir » ;
  2. l’anesthésie d’un animal de compagnie ne doit être réalisée que dans son propre intérêt (art. 10) car elle présente toujours un risque et nécessite un contrôle intégral par un vétérinaire à ses côtés.

 

Anesthésie à des fins de divertissement : compatible ou pas ?

L’anesthésie sur un lieu de tournage n’est donc, dans ce cas pas compatible avec les textes réglementaires, puisqu’elle met l’animal « hors de nuire » sans raison qui le justifierait et qui serait du ressort de sa sécurité ou de celle des autres. Il ne peut donc plus exprimer son comportement naturel sur un tournage, ne peut plus se soustraire de la situation qui lui est imposée. De plus, une anesthésie présente des risques pour sa santé et le met en « danger » au regard des éléments extérieurs. Elle est donc utilisée sous surveillance médicale vétérinaire uniquement et ce, en dernier recours, si la situation n’est pas contrôlable par d’autres moyens et que l’animal pourrait être exposé à un danger, ou exposer les autres au danger.

Il faut considérer que l’anesthésie a toujours une incidence sur l’organisme de l’animal, elle est une source de stress physique et parfois psychologique, d’autant plus si la récupération de l’animal ne se fait pas correctement. La tranquillisation légère est parfois réalisée pour des tournages afin de diminuer un état de stress mais au-delà du non-respect du bien-être de l’animal, les vétérinaires la déconseillent car les tranquillisants désinhibent très souvent l’animal ; celui-ci peut alors devenir réactif et agressif sans émettre de signaux avant-coureurs. Il présente donc un risque pour les manipulateurs et les personnes qui les entourent.

Vers des guides de bonnes pratiques « animo-responsables » sur les tournages

Par l’expertise, les pratiques d’éducation positives et respectueuses du chien et la bonne connaissance du métier de dresseur animalier, la Cie Dog Trainer a répondu favorablement à la demande de mise-en-scène du chien sans recourir à une anesthésie qui serait contraire à leur éthique, l’Animal Welfare Act Cie et à la législation. Le chien passe ainsi du rôle de « victime » à celui « d’acteur » en participant sereinement à la scène, quelques prises de vues ont suffi, tel du direct, d’autant que la préparation du chien amont est réalisée avec beaucoup d’attention, de bienveillance et dans des conditions propices à son confort.

Pour accompagner et encourager les réalisateurs de films, de séries télévisées, d’évènements, manifestations ou déambulations à considérer ces éléments de bientraitance des animaux dans leurs activités et donner du plaisir tant aux acteurs humains qui ont cette sensibilité dite « animale », qu’aux spectateurs soucieux de sélectionner des films aux conditions de tournage responsables, il existe des guides de bonnes pratiques recommandés par les vétérinaires et édités par des associations de protection animale. Nous vous invitons à venir les consulter, que vous soyez dresseur, artiste ou professionnel du cinéma et de l’audiovisuel, en discuter avec votre équipe technique pour comprendre l’étendue des possibilités et vous entourer de professionnels qui comprennent les enjeux de la condition animale sur les plateaux de tournages.

Les experts vétérinaires « bien-être animal » sont les garants d’une bonne interprétation des différents règlements et guides de bonnes pratiques, en consultant ces spécialistes, vous éviterez ainsi de sérieuses dérives préjudiciables à terme sur le plan pénal, si un cas de maltraitance venait à ce savoir. Votre responsabilité mais également la notoriété de votre film en dépend.

 

Pour en savoir plus :
Guide de bonnes pratiques pour une utilisation responsable des animaux de compagnie en publicité édité par la British Veterinary Association (BVA)
Guidelines “No Animals were harmed” de l’American Humane Association (AHA)
– Article animo Aloki pour La Semaine Vétérinaire N° 1780, 12/10/2018


Blog de sensibilisation à des pratiques « animo-responsables » par ALOKI Conseil, vétérinaire conseil, www.animoaloki.fr