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L’image animalière et l’éthique, où en est-on ?

Si comme nous, l’éthique, la transparence, la sensibilisation pédagogique par l’image et le partage d’expertise est la raison d’être de votre métier, alors cet article est pour vous. Il témoigne des difficultés mais également des enjeux relatifs à la protection des animaux pour toute forme d’activité artistique, culturelle, publicitaire ou cinématographique.

L’éthique de l’image animalière peut être intégrée dans un cadre de réflexion plus large, en laissant libre cours à toute liberté d’expression, à la créativité artistique et à la fiction certes, mais également à la dignité de l’animal portée sur nos écrans, considérant en priorité la sensibilité des plus jeunes face aux violences faites sur les animaux, qu’elles soient simulées ou non…Une place majeure revient aux enjeux de pédagogie et de sensibilisation des générations futures pour les préparer à leur rôle sociétal, environnemental et protecteur face ce que nous leur laissons, le vivant, leurs images et leurs films…Pour cette raison, l’éthique de l’image animalière est un art qui a toute sa place désormais, quelle que soit la forme de diffusion choisie.

Le développement des pratiques donne aujourd’hui de réelles possibilités techniques à ceux et celles qui souhaitent prendre soin des animaux sur la scène, dans les coulisses, au cours des entraînements et veiller aux règles de l’art en terme de bien-être animal. Avec les meilleurs experts animaliers dans ce domaine, avec la complicité des animaux domestiques, les cascades sont parfois impressionnantes et peuvent être réalisées en conformité avec la réglementation européenne d’autant plus, si elles considèrent l’aptitude individuelle de l’animal, sa motivation propre, sa sécurité et si elles suivent les
recommandations des guidelines vétérinaires en fonction de chacune des espèces, et particulièrement celles de l’AHA (1), qui sont des référentiels complets disponibles depuis 2015.

Et pourtant, l’image véhiculée avec les animaux ne correspond pas toujours à ce que l’on devrait suggérer auprès du grand-public, peu formé aux standards et aux exigences du bien-être animal dans la vie de tous les jours. La condition des animaux étant fortement chahutée et parfois malmenée par des pratiques rédhibitoires à leur égard, qu’il est parfois malvenu de ne pas intégrer l’éthique dans son exercice de cinéaste, de réalisateur ou de producteur. Alors, peut-on tout dire ou tout montrer avec l’animal ? Peut-on intégrer une « obligation morale » comme dans toute profession, celle de vérifier si le scénario est adapté à la fois au public cible, à la fois à l’espèce animale considérée. A-t-on la possibilité de clarifier ce qui ressort de la pure fiction à l’encontre de l’animal auprès du spectateur pour qu’il puisse considérer en toute connaissance et avec son consentement que l’image à laquelle il est soumis n’est pas représentative de ce qu’il doit reproduire pour cette espèce animale ?

Pas si simple, voici dès lors un exemple de 3 aspects majeurs ont été identifiés comme relevant de l’éthique à l’égard de l’image animalière :

  1. La représentation faite d’un point de vue humain au-travers de l’animal qui ne serait pas conforme à l’éthique humaine ;
  2. La diffusion ou la promotion de comportements humains ou d’activités pouvant porter atteinte aux animaux, tant en lien avec leur condition que leur dignité ;
  3. La mise en exergue de caractéristiques ou d’anomalies propres à l’animal qui ne sont plus autorisées en France ou qui ne sont pas conformes à ce que recommandent les professionnels de la santé et du bien-être des animaux pour maintenir leur qualité de vie ou leur survie.

Voici certains outils sur lesquels s’appuyer, facilitant la vérification amont, avec les professionnels, de l’adéquation entre l’image « animale » utilisée ou véhiculée (quel que soit l’espèce), le message porté face à l’enjeu sociétal, la sensibilité du public dont celle des mineurs et la réalité de la condition animale telle qu’on la connait au 21 ème siècle.

L’avis « animaux, société, publicité » du conseil d’éthique publicitaire (CEP)

Pour réguler les images et les scripts proposés par les publicités avant diffusion au public, il existe une autorité de régulation en France, l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), association loi 1901 dont la mission est de mener toute action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine. Un des objectifs de l’association est d’organiser en son sein des règles déontologiques, de les appliquer et de refuser certaines diffusions non conformes afin d’éviter, in fine, un renforcement du cadre réglementaire. Un avis du conseil éthique publicitaire a été émis en 2010 en s’appuyant sur les recommandations déontologiques d’autres professionnels comme celles de l’Ordre National des Vétérinaires pour tout ce qui relève de la pratique en médecine vétérinaire et de ses codes de communication, celles de chercheurs ou de biologistes. Le conseil d’éthique est régulièrement confronté aux situations suivantes :

  • La représentation de situations de maltraitance et/ou de souffrance animale. La vigilance de l’ARPP est importante, au même titre que la sensibilité du public sur ce point.
  • Sans qu’il y ait maltraitance à proprement parler, la représentation de comportements humains pouvant porter atteinte à la biodiversité.
  • Le possible contournement de règles déontologiques qu’autoriserait la représentation de personnages sous forme animale plutôt qu’ humaine.
  • L’atteinte potentielle à la dignité de l’animal lorsque celui-ci est représenté dans des situations humiliantes, risibles ou niant leur animalité.

Un public définitivement sensible à la condition animale : plus de 3 français sur 4

Suivre un conseil éthique comme celui de l’ARPP vous permet de faire une vérification préalable afin de préserver la dignité de tout animal à l’image. Ce n’est peut-être qu’un premier pas vers une suite logique d’une démarche responsable, celle que l’on peut attendre de la part des producteurs, comme montrer « patte blanche » avant diffusion, non seulement à l’égard des images ou des messages véhiculés par les publicités mais également sur les conditions d’utilisation de ces mêmes animaux lors des tournages.

Comme illustration, voici des plaintes déposées par le public, qui ont été évaluées par le jury de déontologie publicitaire de l’ARPP, dont les avis sont tous consultables. Exemples de 2 plaintes fondées auprès de l’ARPP : la première, en 2011, un chat perché dans un arbre est fléché par l’acteur à l’aide d’une sarbacane ; et la seconde qui émane de l’association de protection des oiseaux (LPO) en 2018 au regard d’une publicité diffusant par voie d’affichage dans le métro où des espèces animales sauvages (et protégées) sont représentées pour être des prédateurs sexuels (requin, ours et loups).

En évitant de renforcer certains stéréotypes négatifs et irrespectueux envers les animaux et de prendre en considération l’impact que peut avoir la diffusion de ce type de publicités à l’égard du public, on répond ainsi aux attentes profondes de chacun, sachant que de récentes enquêtes ont dévoilé que plus de 3 français sur 4 considèrent désormais comme importants les enjeux de protection et de bien-être animal.

Le guide de bonnes pratiques en communication responsable à l’égard des animaux de compagnie

C’est en considérant toutes les pratiques recensées depuis plusieurs années qui portaient atteinte à l’intégrité du chien ou du chat, mais également au cheval, aux nouveaux animaux de compagnie dont les poissons rouges (les poissons d’aquarium étant les animaux de compagnie les plus nombreux en France), que l’association de vétérinaires anglophone, la British Veterinary Association (BVA) en 2018, a développé un guide de référence en communication responsable, respectueuse de la santé et du bien-être de l’animal.

En le consultant, vous aurez accès aux conseils permettant d’influencer positivement les comportements de tous envers le chien, le chat, normaliser les défauts héréditaires de certaines races en évitant les « hypertypes » néfastes pour leur santé, intégrer les environnements respectueux de l’animal, les images de matériel adapté, la nourriture et les toxiques à éviter, les gestes, les jeux recommandés, les pratiques chirurgicales interdites sur l’animal ou réglementées, les besoins sociaux spécifiques de l’espèce, les situations de mise en danger de l’animal de compagnie…

Voici quelques exemples pour affiner votre expertise en éthique de l’image animalière sur le chien :

L’animal doit être protégé de toute situation qui occasionnerait douleur, maladie ou souffrance psychique. Certains traits physiques sélectionnés par l’homme pour définir des races canines, sont associés à des anomalies qui mettent sérieusement la santé du chien en danger (face et nez écrasé, yeux proéminents, un long corps pour des pattes trop courtes, peau à plis, races sans poils …).
Les chiens doivent être exposés dans des environnements adaptés à leur race, leur taille et leur niveau d’activité. Ils doivent être représenté en exprimant des comportements naturels inhérents à leur espèce, en évitant de surenchérir par l’humour certains troubles du comportements exprimés par les chiens en situation de mal-être comme le tournis avec mordillement de sa queue, les destructions du logement, les agressions à l’égard de personnes (même un bas de pantalon), les aboiements excessifs…
Privilégions les activités dites sûres, appropriées et agréables pour l’espèce (sans entraînement aversif), en évitant de les faire participer à des activités qui n’ont pas été spécifiquement conçues pour eux ou qui pourraient les mettre en danger si elles ne sont pas maitrisées par des professionnels.

Vous l’avez compris, le sujet est vaste, proposer une image, un film ou une mise en scène qui place une race de chien dans une situation qui serait contraire à celle liée à son bien-être ou ses aptitudes naturelles, pourrait s’accompagner d’un message responsable à cet égard, en indiquant ce qui relève de la fiction et exprimer les risques auxquels on s’expose si les images sont prises au premier degré, notamment pour les plus jeunes qui ne verraient à cet effet qu’un pur divertissement « autorisé ».

En cas de doute, vous pouvez toujours consulter un professionnel vétérinaire en communication responsable pour obtenir les conseils à la carte dès la réalisation de votre script, votre scénario. Ils sont vos meilleurs conseillés et mettent à jour régulièrement leurs connaissances pour intégrer les derniers textes réglementaires, éthiques et sociétaux, ceux qui protègent l’animal et la sensibilité croissante du public.

La responsabilité sociétale peut être associée à la diffusion d’images

En tant que passionné des animaux tout autant que votre public, est-il envisageable de porter sur les écrans des messages volontaires de protection, de défense ou de sensibilisation à l’égard de l’espèce animale utilisée, sur une publicité, sur une scène ou dans un film autres que les documentaires sous forme d’un tag ou de surimpression ? Probablement, certainement… « les petits ruisseaux font de grandes rivières » (Ovide)

Le chien est notre ami, il nous fait du bien, pourtant rien ne vaut un petit geste amical avant que la réglementation ne s’en mêle. Pensons-y ! Toute production cinématographique ou publicitaire pourrait se voir attribuer un rôle responsable à l’égard de l’espèce animale qu’elle souhaite utiliser, domestique ou sauvage, comme un soutien financier ou logistique à adresser pour le compte d’associations de protection des animaux ou en faveur d’un programme de conservation. Une responsabilité sociétale ou environnementale affichée sur les écrans, telle une mention « légale » pour engager définitivement la confiance du public à l’égard des films n’est finalement pas si utopique !

La Cie Dog Trainer a exprimé clairement son niveau d’engagement à plusieurs niveaux avec une opération d’entre-aide régulière « La main tendue aux chiens de refuges », un code déontologique de pratiques respectueuses du bien-être animal avec « l’Animal Welfare Act Cie », une remise à niveau régulière de ses aptitudes et connaissances en éducation positive et amicale du chien avec sa certification « Le chien mon ami » et l’intégration d’un réseau collaboratif d’experts vétérinaires en bien-être, communication responsable et éthique animale dont « Aloki Conseil ». Alors pourquoi pas vous, rejoignez-nous !


(1) « No Animals were harmed”, a certification program of American Humane Association, guidelines for the Safe Use of Animals in Filmed
Media, humanehollywood.org, Guidelines 2015-WEB-Revised-110315-1